Tunisie, une politique énergétique ambitieuse.

POLITIQUE ENERGETIQUE En pleine croissance économique, la Tunisie se dote d'outils pour maintenir une indépendance énergétique et développer ses énergies renouvelables. Visite de Soften, le premier fabricant de systèmes solaires thermiques en Tunisie et du parc éolien de Sidi Daoud.


MARC MULLER - NICOLAS BURNENS


«On a bouffé de la vache enragée pour survivre. Avec les aides du gouvernement, le plus dur est aujourd’hui derrière nous», apprécie Omar Ettaieb, directeur commercial de Soften, premier fabricant de systèmes solaires pour l'eau chaude en Tunisie. Et pour cause. Dans un pays où le taux de chômage frise les 15%, il est difficile d'encourager le solaire sans assistance du gouvernement. «L'installation d'un chauffe-eau coûte 1350 dinars (ndlr: 900 francs). 20% sont subventionnés directement par le gouvernement. Pour le reste, les ménages peuvent contracter un crédit à un taux préférentiel remboursable par leur facture d'électricité», poursuit ce Tunisien. A ce jour, plus de 400000 m2 de capteurs solaires thermiques ont été installés dans le pays. Autant qu'en Suisse. Grâce aux aides gouvernementales, les affaires d’Omar Ettaieb sont aujourd’hui rentables. Mais il n’est pas le seul gagnant.


Grandes ambitions énergétiques

Les émissions de CO2 rejetées dans l'atmosphère diminuent et l’efficience énergétique du pays est meilleure. «En 1981, nous produisions 200% de notre consommation d'énergie. Aujourd'hui, ce chiffre est descendu à 90%», s'inquiète Osman Nejib, directeur de la planification à l'Agence pour les économies d’énergie, à Tunis. Alors, pour retrouver son indépendance énergétique, la Tunisie a mis en place une politique pragmatique: un cadre institutionnel en créant l'Agence pour les économies d'énergie, un fond de subventions, une nouvelle base légale, ainsi qu'un grand programme de sensibilisation. Au final, la politique porte ses fruits, puisque la densité énergétique (ndlr: le rapport entre l'énergie consommée et la production de richesse) ne cesse de baisser depuis sa mise en place en 2004.


Le vent à la rescousse

La Tunisie compte aussi sur le vent pour renforcer la diversification des sources énergétique. A Sidi Daoud, au nord-est du pays, un premier parc éolien s’est développé en bord de mer, où la tradition paysanne se mélange avec les nouvelles technologies. Les 72 machines produisent 2% de l'énergie électrique tunisienne. « En 2000, nous avons installé 32 petites éoliennes dans le but d'évaluer cette énergie et d'acquérir de l'expérience » s'enthousiasme Chokri Ben Slimane, responsable technique du parc éolien au sein de la société tunisienne d’Electricité et du Gaz. « satisfaits du résultat, nous avons ensuite ajouté des éoliennes plus grandes pour atteindre 150 MW.  Enfin, un nouveau parc sera prochainement mis en service dans le nord du pays à Bizerte. Cela fera grimper notre production éolienne à 5% de notre consommation ». Mais derrière ces progrès étonnants, le financement laisse perplexe. A Sidi Daoud, le gouvernement espagnol accorde 50% du crédit, le reste est avancé par le fabricant MADE, également un Espagnol. Le tout est prêté avec une clémence de paiement de vingt ans, soit la durée de vie des éoliennes... En d'autres termes, le remboursement débutera lorsque les machines seront en fin de vie. Plus étonnant encore, les crédits carbones sont revendus à des entreprises européennes dans le cadre du protocole de Kyoto pour seulement 1% de la valeur du parc éolien. Ce prix, la Tunisie est prêt à le payer pour garder son indépendance énergétique et profiter du transfert technologique.